Dans la jungle du Congo (RDC)

 Destination nature: jungle inaccessible

Carte République Démocratique du Congo

Jungle en République Démocratique du Congo vue du ciel

Jungle en RDC vue du ciel

La jungle du Congo

Trente-cinq degrés Celsius. 80 % d’humidité. Plus de deux mètres de pluie par an. Voilà les conditions communes des jungles tropicales et équatoriales. Le bassin du Congodeuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie et la plus grande d’Afrique – a d’autres caractéristiques : les singes de l’Ancien Monde. Cercopithèques, Colobes, mais aussi grands hominoïdes. Parmi ces cinq grands singes, quatre sont présents en Afrique: les gorilles, les chimpanzés, les bonobos et l’homme bien sûr. Les bonobos (Pan paniscus) se situent au sud de la barrière naturelle que constitue le fleuve Congo qui le sépare des chimpanzés et des gorilles. J’étais dans cette partie du bloc vert pour explorer et étudier cette espèce unique lors de ma thèse. Une vingtaine de km par jour dans la jungle pendant 22 mois, sous tente et hamac. Voilà un aperçu de sa faune, son peuple et ses rencontres.

Nature

Nuages au-dessus de la jungle du congo

Hydratation et transpiration de la forêt

La jungle est un océan d’émeraude qui vit et respire de son propre chef. La canopée transpire ses propres nuages, dont elle attendra plus tard son tribut d’eau en retour (en conséquence de l’aridité des endroits déforestées). Le reste de cette eau précieuse sera redistribuer ailleurs sur la Terre.

Dans la forêt, tout est équilibre, chacun a son rôle et interagit avec le reste de la communauté. Les plantes à fleurs enrobent leurs graines d’une chaire délicieuse, les frugivores mangent alors les fruits et dispersent les graines, les bousiers s’occupent de les enterrer. Les mangeurs de feuilles entrent en jeu dans la grande compétition végétale pour le soleil des jeunes pousse. Les aigles, cobras ou léopards font pression sur ces derniers.

Une incroyable biodiversité fait fonctionner l’écosystème à son maximum. Maximum ? De quoi, pour quelle productivité ? Et bien la Vie, pardi.

Une faune hostile ? Non ! En fait, elle nous aime…mmmh

Parlons un peu des rencontres lorsque l’on est une espère parmi d’autres.
Les animaux ne sont jamais vraiment hostiles. Au contraire, ils nous trouvent souvent très appétissants. « Ne partez pas! » nous diraient-ils s’ils le pouvaient.

Les parasites

Galle sur une feuille d'arbre provoqué par un parasite

Galle provoqué par un parasite

Les forêts tropicales regorgent de parasites: filaires, microfilaires, trichocéphales, ascaris, amibes, giardias, trypanosomes,  plasmodium & cie. Tous sont là et vous attendent. Les uns ont choisi airMosquito ou Tsétséfly pour le voyage. Les autres choisiront l’escale : excréments, avec transit mouche à m… . Certains encore voyagent sur le pouce pour une destination buccale. D’autres, moins compliqués comme les bilharzioses ou certains vers passeront sans détour à travers votre peau. Bref tout un écosystème dans le corps d’un humain. Bien sûr, je n’ai pas échappé à la malaria, un bon 40 °C, des délires et du vomi. Petites pauses entre les crises pour faire croire que tout va bien et on repart. Yaouuh ! (Un bon traitement curatif : l’Arténusate. Pas trop d’effets secondaires et efficace. Un traitement continu préventif peut être dommageable au système digestif, car la flore intestinale n’aime pas trop avaler des pilules plus de deux mois.)

Les grands singes

Les contacts avec les grands singes ont toujours été particuliers et extraordinaires pour tous ceux qui les ont vécus. Je peux vous parler de ces instants. Mes contacts avec les bonobos ont été… intenses. Des contacts où l’on sent la chaleur de l’échange… Souvenir d’une Bonobo adolescente qui m’a pissé dessus, d’une grosse femelle tombée sur moi et de tous ceux qui m’ont déféqué sur la tête (pas en même temps)… Merveilleux !

Plus sérieusement, ce sont des animaux sauvages et évidement il y a des échanges troublants. Comme de voir une mère jouer avec son bébé qui rit toutes dents déployées. Oui oui, rire. Les petits qui jouent entre eux rient aussi beaucoup. Cela ressemble à un petit rire étouffé et chuintant de grand-mère gamine. Les bonobos sont aussi bien connus pour leur système social matriarcal extrêmement pacifique. Les fils restent avec la « mama » qui est une autorité dans le groupe, les filles partent rejoindre un autre groupe d’accueil à l’adolescence. Le sexe est très présent et permet d’apaiser les tensions, régler les conflits ou tisser des alliances durables. La société des bonobos est un modèle.

jeune bonobo

Zed, jeune bonobo

Le fauve

Dans cette jungle, nous sommes sur le territoire du léopard. Ne l’oublions pas. J’ai eu tendance à l’oublier lorsque je partais seul dans la forêt, gonflé par l’exaltation, la tête dans la canopée, sur la trace des bonobos. Mais lorsqu’on trouve la trace fraîche d’à peine une heure du léopard sur la même piste que soi, un frisson glacé parcours l’échine, et la peur de la proie vient nous rappeler l’espace d’un instant que nous faisons toujours partit du « système ». Les escapades en solitaire ont alors un tout autre parfum. Le léopard est extrêmement discret, et peut vous observer sans se manifester. C’est un des princes de la forêt qui revendique ce rôle. En dispute avec le bonobo et l’éléphant selon la population.

Le gros

Loxodonta africana cyclotis, le maitre incontesté de la jungle. Avec ses trois tonnes et demie, deux mètres cinquante au garrot, il ne craint personne. Mais comment vit-on dans une dense forêt avec un corps pareil ? Et pourtant l’éléphant de forêt est comme un fantôme dans la forêt. S’il le veut, il se déplace sans un bruit. Ce qui le rend magique pour beaucoup en Afrique. En effet, il peut soudainement se trouver à une dizaine de mètres sans avoir au préalable fait acte de présence. La première rencontre avec le géant est impressionnante.

En suivant un petit courant d’eau, je débouchais sur un Baï. Une grande étendue marécageuse sans arbre, couverte d’herbes hautes. Après des mois de claustrophobie dans l’exiguïté de la forêt, les vastes étendues apaisent l’esprit assoiffé d’espace. La boue est profonde et avale les jambes jusqu’aux cuisses. Les oiseaux sont visibles (enfin !). Les hirondelles piquent la surface de l’eau, les grands calaos emplissent le ciel de leur vol bruyant. Le ciel bleu est enfin visible.
L’éléphant a aussi décidé de profiter de sa place préférée, marquée de ses nombreuses signatures . Il sait que je suis là et me le fait savoir, dans un lourd craquement de branches et d’arbres secoués, il vrombit un sourd son à très basse fréquence, caractéristique des pachydermes. Il est à trente mètres, je suis dans la boue au milieu du baï… Il me laisse 10 minutes pour m’extraire de là, rampant-nageant…

Les menaces

Figuier vu du bas

Figuier

Elles tiennent en deux mots: déforestation et défaunation.
Une grand partie du bois sert à faire du charbon afin d’alimenter les fours.

Actuellement les éléphants de forêts sont massacrés dans le bassin du Congo. Plus de 80% ont déjà été exterminé en vingt ans. Or j’ai montré que leur disparition affecte plusieurs espèces d’arbres de la forêt et bien d’autres espèces par effet cascade. Et c’est la même histoire pour les bonobos et la plupart des grosses espèces chassées pour leur viande. C’est ce qui provoque le syndrôme des forêts vides.

Le bassin du Congo est un des joyaux de la planète. Bien qu’il est difficile de se rendre dans beaucoup d’endroits mais ils méritent d’être admirés, protégés et d’y avoir vos yeux flâner.

Coucher de soleil en République Démocratique du Congo

 

Plus de photos ici.


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3 réponses à “Dans la jungle du Congo (RDC)

  1. Un super compte-rendu de cette partie du monde Dood!! Dommage que les photos des « grands » ne peuvent appuyer tes descriptions, mais elles sont assez vivantes pour nous voir nous mêmes en « casse-croute » du léopard!! 🙂
    Très joli, continuez vos carnets de couleurs, c’est super

  2. La RDC et ses voisins m’intéressent depuis quelques temps. Les blogs parlant de cette région étant quasiment inexistants, je ne pouvais pas passer à côté de celui-ci ! La question est peut-être partiellement hors sujet par rapport au contenu de l’article, mais allons y … dans quelle mesure est-ce réaliste (ou pas) pour le voyageur de partir en RDC. L’Ouganda et le Rwanda semblent attirer quelques un, mais la RDC … personne. Trop compliqué, pas assez sûr ? Merci …

  3. Oups je n’avais pas vu ce commentaire… désolé de ce retard.

    Un article arrive justement pour raconter un peu l’ambiance là-bas.
    Mais pour répondre: trop compliqué et pas assez sûr ça résume bien! Tout d’abord, pour pouvoir rentrer il faut une lettre d’invitation. Même avec ça ils cherchent la moindre chose qui « pourrait potentiellement clocher » pour te soutirer des sous…

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