Requin baleine, le plus gros poisson du monde

requin baleine

Photo de © Felipe Barrio

Carte d’identité:

Nom français: Requin baleine

Nom anglais: Whale shark

Nom latin: Rhincodon typus

Il est énorme, impressionnant, majestueux, magnifique. C’est une star sous l’eau. Il attire chaque année des milliers de personnes pour l’accompagner quelques instants dans son milieu. Le requin baleine est une espèce emblématique de l’écotourisme mais pourtant bien peu est connu à son sujet… Chaque année des scientifiques découvrent des nouvelles bribes de son histoire et petit à petit nous pouvons (et pourrons) comprendre son fonctionnement. Je vous conte ici un résumé de ce qu’il nous a laissé apercevoir de sa vie jusqu’à aujourd’hui.

Un requin baleine c’est quoi?

Branchies de requin baleine

Branchies

Un requin et non une baleine !

Les requins sont des poissons, ils respirent donc grâce à des branchies. La baleine est un mammifère marin, elle respire grâce à des poumons avec l’évent qui se trouve sur le dos. C’est donc un requin surnommé baleine, car il est gros et mange du plancton comme les plus grosses baleines.

En revanche, des études de leur cerveau ont mis en évidence qu’il est plus similaire à celui des baleines qui a le même style de vie que lui qu’à celui des autres requins avec qui il est génétiquement plus proche.

Le plus gros poisson du monde

 

Illustration informative sur le requin baleine

A la naissance il ne mesure que 55–93 cm, mais c’est déjà bien assez pour la mère qui peut avoir beaucoup de jeunes!

304 bébés requins baleine retrouvés dans le ventre d'une femelle - Photo © Shoou-Jeng Joung

304 bébés requins baleine retrouvés dans le ventre d’une femelle – Photo © Shoou-Jeng Joung

Une femelle a été observée avec 304 bébés à l’intérieur de son ventre. Encore plus surprenant, ils n’avaient pas tous le même avancement dans la croissance: 50% étaient déjà formés alors que certains étaient encore dans un œuf. C’est donc un animal ovovivipare: il commence à grandir dans un œuf à l’intérieur de la mère puis éclos toujours à l’intérieur. Il sera ensuite libéré lors de la mise bas. Cette large couvée suggère un taux de mortalité juvénile élevé (en écologie deux grandes stratégies se dessinent : les organismes libérant peu de descendants dont la plupart auront une grande probabilité de survie et ceux en libérant un grand nombre dont la plupart d’entre eux vont se faire manger; seulement quelques-uns atteindront des stades plus avancés et l’âge adulte).

Un gros poisson mangeant petit

Cet animal a une grande bouche mais il n’ingère pourtant que du tout petit (mais 1t tout de même!):

La réponse à la question « est-ce qu’il peut m’avaler » est donc: non, car tu n’es pas du plancton, ni même un petit poisson.

Il se nourrit de 2 façons:

Il est moins adapté que le requin pèlerin (un des autres requins filtreurs. Le troisième étant le requin grande gueule) pour filtrer le plancton, c’est pour ça qu’il lui en faut de grosses concentration et qu’il se sert aussi de l’aspiration.

Des scientifiques pensent qu’il a un odorat très développé et qui lui permet de trouver des bancs de planctons. En effet, le plancton émet une substance chimique attirant les oiseaux marins, l’hypothèse est que le requin baleine serait capable lui aussi de la détecter.

Un grand migrateur

carte répartition requin baleine

Zone de répartition du requin baleine. Les deux plus hauts points d’observation sont la baie Fundy (1) au Canada et la mer d’Okhotsk (2) en Russie (ce qui est bien plus froid que ce dont ils ont l’habitude).

Il semblerait qu’il puisse parcourir les 3 océans en un minimum de 2 à 4 ans! Son déplacement semble coïncider avec les courants et les explosions de planctons. Mais encore trop peu est connu sur sa migration à échelle mondiale. C’est d’ailleurs cette grande superficie qui rend si compliquée l’étude de ce géant et l’estimation du nombre d’individus peuplant les océans! Chacune des études réalisées est effectuée à un site précis et ne permet pas de tirer de conclusion pour la population globale. Ainsi, il semble que la population diminue mais il reste très difficile d’en avoir la preuve.

Sur beaucoup des sites étudiés (Australie, Seychelles, Mexique…) une ségrégation entre sexe et taille (et donc âge, car la taille est liée à l’âge) est remarquée (comme chez la plupart des requins). Ce sont les mâles que l’on retrouve le plus (70 à 90% selon les lieux) dans ces agrégats de requins baleine, et souvent des jeunes (pas bébés non plus… entre 5 et 10m. Les mâles étant généralement matures à partir de 8m). Une hypothèse expliquant cela serait l’évitement de la compétition pour la nourriture entre adultes et juvéniles.

Le plus gros agrégat de requin baleine répertorié a eu lieu dans le golf du Mexique en 2009: 420 individus ont été observés d’un seul coup sur une aire d’environ 18km².

Rassemblement de requins baleines au Mexique - Photo de © Oscar Rayes

Rassemblement de requins baleines au Mexique – Photo de © Oscar Rayes

Il est frileux

Généralement il préfère rester dans des eaux tropicales peu profondes où la nourriture est abondante et l’eau plus chaude. Il passerait 90% de son temps au-dessus de 50m et 40% au-dessus de 15m. Etant ectotherme (animal dit « à sang froid » , en réalité il peut également avoir le sang chaud. Leur température dépend de celle de leur environnement, a contrario de nous, mammifères, et oiseaux qui gardons le sang toujours chaud car nous sommes endotherme: notre corps fabrique lui-même de la chaleur pour maintenir une température constante), il resterait à la surface pour se réchauffer car filtrer de grande quantité d’eau plus froide (en eau plus profonde) engendre un… refroidissement. En effet, les branchies des poissons sont hypervascularisées car c’est ici que l’oxygène de l’eau est récupéré pour oxygéner leur sang (et oui, ça n’est pas parce qu’ils vivent dans l’eau qu’ils n’utilisent pas d’oxygène pour vivre). Leur sang est donc refroidi lorsque la température est moindre. Il reste principalement dans des températures comprises entre 20 et 30°C, néanmoins il peut supporter des eaux jusqu’à 5-10°C, lorsqu’il plonge en eau très profonde notamment (le record noté est à 1888m).

Des proies pour:

Un requin baleine s'est fait croquer un bout, mais a réussi à cicatriser - Photo de © Steven Gibson

Un requin baleine s’est fait croquer un bout, mais a réussi à cicatriser – Photo de © Steven Gibson

Ses prédateurs principaux sont l’orque, quelques requins carnivores et bien sûr: l’Homme. Son comportement antiprédateur semble être principalement la fuite, mais il peut aussi présenter son dos au prédateur. La peau de celui-ci peut avoir une épaisseur de 14 cm! C’est la plus épaisse qui existe.

Régime social et sexualité

Il est souvent rencontré seul, il est ainsi supposé solitaire mais facultativement social.

ptérygopodes

Différence entre mâle et femelle: les ptérygopodes

En revanche, pratiquement rien n’est connu sur son régime d’appariement (mono ou polygame?) ainsi que la copulation. Des observations de mâles suivant des femelles le nez collé à leur cloaque (orifice urinaire, intestinal et sexuel dont la plupart des vertébrés sont pourvus, excepté la majorité des mammifères) ont été réalisées pendant des périodes prolongées, mais des preuves directes de phéromones relâchées manquent.

D’ailleurs pour reconnaître un mâle d’une femelle c’est très simple: plonge sous le requin et regarde du côté de la queue. Si tu vois 2 « trucs » qui dépassent, c’est un mâle. Ces trucs s’appellent des ptérygopodes.

La star de « l’écotourisme »

L’histoire commence par une chaîne :

En Australie, aux Maldives, au Mexique et d’autres lieux encore, lorsqu’il débarque, tout le monde l’attend! Cela fait même parti de la « liste de choses à faire dans la vie » de certaines personnes (comme nous !). Nous avons guidé des expéditions aux Maldives, David rentre tout juste d’une autre vers Cancùn au Mexique. N’importe où, il y a toujours des gens qui veulent aller voir ce géant des mers.

Mais ces expéditions sont-elles réellement bien pour les requins baleines ou cela engendre-t-il un impact négatif?

Ce tourisme est souvent référencé comme écotourisme, pourtant il ne respecte pas vraiment la définition:

« L’écotourisme est un voyage responsable dans des environnements naturels où les ressources et le bien-être des populations sont préservés ».

Pour un voyage responsable, l’idée est de respecter l’environnement et diminuer son empreinte écologique. Et lorsque l’on parle de bien-être préservé, l’impact négatif ne devrait donc pas exister.

En réalité:

  • pour le respect de l’environnement, il peut être associé à la fixation de quotas de passagers/bateaux maximum par jour pour aller sur les sites… Plutôt bien, mais je ne suis pas sûre que cela se fasse dans chacun des pays où il peut être observé.
  • Pour le fait de diminuer son empreinte écologique, ça n’est pas vraiment possible puisqu’il faut un bateau à moteur pour que cela soit rentable.
  • requin baleine touché

    A NE PAS FAIRE ! ON NE LE TOUCHE PAS ! – Photo de © Shawn Heinrichs

    Et pour l’impact zéro ça coince aussi. Eh oui, forcément, des centaines de bateaux tournants et virants autour (des cicatrices observées sont attribuées au moteur des bateaux), des milliers de plongeurs (avec palmes, masque, tuba) pataugeant à côté avec évidemment certaines personnes qui n’écoutent pas les consignes: on ne le touche pas! On ne lui met pas de flash dans ses tout petits yeux! Bref, l’embêter le moins possible. Tout ça stresse et parfois blesse!

Cette industrie touristique a donc le potentiel d’affecter négativement le comportement de l’animal.

Donc oui, il y a un impact négatif et il est donc toujours plus idéal de laisser l’animal tranquille. Oui mais nous sommes loin de l’idéal de nos jours et nous devons faire des compromis.

Voilà la situation: le requin baleine est un gros poisson inoffensif, il attire donc l’homme en tant que touriste mais également en tant que prédateur. Le plus gros marché pour cette ressource est en Asie: en Inde (Gujarat) et à Taïwan par exemple la pêche fut plutôt intensive il fut un temps. Or un animal mettant du temps à se reproduire (car le temps pour être mature sexuellement est long) n’est pas une ressource soutenable pour l’exploitation alimentaire. La population ne se reproduit pas assez vite pour compenser les pertes.

Requin baleine pêché au Pakistan

Requin baleine pêché au Pakistan

Le fait d’être une star peut donc aider à contrebalancer l’effet de la pêche. Sa valeur économique devient alors plus intéressante lorsqu’il est vivant que lorsqu’il est vendu pour sa chair. Des mesures de protection sont alors mises en place et cela passe souvent par l’interdiction de la pêche. Par exemple, à Taïwan, qui est un des plus gros exploiteur de cette ressource, en 2007 des quotas de 30 par ans ont été mis en place (maintenant à quand le zéro?). Evidemment, il y a toujours des gens qui n’obéissent pas…

Conclusion: comme dans pratiquement tout, rien n’est tout noir ni tout blanc. L’écotourisme malgré les inconvénients que tout défenseur animal peut accuser reste nettement moins pire que la pêche à outrance. C’est malheureusement le prix à payer pour continuer à exister avec l’homme omniprésent. Il n’en reste pas moins qu’il faut faire en sorte d’impacter négativement le moins possible!

Menaces et statut

IUCNStatut vulnérable

Je viens d’en parler: bien que désormais de plus en plus régulée, la pêche reste une menace, et les individus tués auparavant n’ont sûrement pas pu tous être remplacés aussi vite qu’ils disparurent. Le tourisme de masse peut également jouer un rôle négatif.

Il semble que la population de requins baleines mondiale a diminué. Seulement, il est difficile de le vérifier car comme je le disais précédemment étant une espèce à échelle mondiale encore peu connue il n’est pas aisé de faire de réels suivis de populations. De plus, cette tendance a été remarquée principalement à l’aide des acteurs du tourisme. Il se peut donc que cela ne soit qu’un artefact: les requins gênés par tous ces bateaux et plongeurs s’en iraient vers d’autres lieux que ceux habituels.

requin baleine et bateau

Photo de © Shawn Heinrichs

Un autre facteur c’est l’état des océans en général qui se dégrade, ce qui impacte les habitants océaniques. Surtout que ce poisson a besoin d’un océan en bonne santé pour soutenir son gros appétit. Il est d’ailleurs considéré comme espèce ambassadrice pour la santé de l’environnement marin, à cause de sa distribution mondiale et de sa dépendance à la bonne vitalité de l’océan. D’ailleurs vu qu’il y a plein de m***** qui traînent dans l’eau plusieurs ont été retrouvés étranglés dans des filets et même morts en ayant avalé des bouts de plastique! Enfin, « ce n’est qu’un » des animaux touchés parmi tant d’autres…

Océan plastique

Ce qui est sûr c’est qu’il faut des protections à échelle internationale et pas seulement nationales pour protéger ce grand voyageur.

Ce que nous pouvons faire

Requin baleine en aquariumNe pas manger de requin – Non aux aquariums !!!!

Pas besoin de plus d’explications, ça me parait évident…

 Photo identification

photo identification requin baleinePour aider à percer les mystères de ce gros poisson, notamment où il voyage, un programme mondial de photo identification est en place. Lorsque tu pars faire une excursion requin baleine sur l’une des destinations où il est observable et que tu as un appareil photo sous-marin il suffit de prendre en photo cette partie du requin:

et de l’envoyer sur ce site. Les tâches blanches qui décorent les requins servent à les identifier individuellement. Grâce à des modèles mis en place par des scientifiques il est alors possible d’enregistrer ces patterns informatiquement et de comparer les photos entre elles. Ainsi, cela permet de suivre certains requins et de voir où ils s’aventurent. Cette technique marche plutôt bien dans l’ensemble.

Si tu veux toi aussi aller barboter avec ce géant, voici les destinations où tu peux le rencontrer.

Quelques références:

  • Martin, R. A. (2007). A review of behavioural ecology of whale sharks (Rhincodon typus). Fisheries Research84(1), 10-16.
  • Norman, B., & Catlin, J. (2007). Economic importance of conserving whale sharks. Report for the international fund for animal welfare (IFAW), Australia.
  • Stevens, J. D. (2007). Whale shark (Rhincodon typus) biology and ecology: a review of the primary literature. Fisheries Research84(1), 4-9.

 


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