Crozet, paradis biologique

Destination nature au bout du monde: rencontre avec les animaux marins

Naissance d'un éléphant de mer sur l'île de la Possession (Crozet)

Naissance d’un éléphant de mer

Les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) constituent la plus grande réserve naturelle de France ! J’ai hiverné pendant 17 mois en tant que biologiste, sur une l‘île de la Possession, bout de terre appartenant à l‘archipel de Crozet. Sur cette île, il n’y a pas d’hominidés y vivant en permanence. Une trentaine de scientifiques se relaient années après années, pour étudier cet environnement incroyable, quasi vierge. Le reste des habitants sont principalement des mammifères et oiseaux marins. Voici un aperçu de cette petite île à la densité d’animaux démesurée.

Crozet, une faune incroyable

Carte de la faune de l'île de la Possession (Crozet)

Carte de la faune de l’île de la Possession (Crozet)

Légende de la carte de la faune de l'île de la Possession (Crozet)

Légende

Les îles australes sont des morceaux de terre volcanique qui émergent au milieu d’un vaste océan. Imaginez ce que cela représente pour un oiseau ou un mammifère marin qui doit se reproduire sur la terre ferme, vestige d’un passé terrien. Par conséquent, ces îles providences sont prises d’assaut par des milliers d’albatros, manchots, éléphants de mer et autres animaux à poils ou à plumes. Certaines plages possèdent ainsi la plus importante biomasse du monde. C’est dans l’archipel de Crozet que se trouve la plus grande colonie mondiale de manchots royaux (Aptenodytes patagonicus).

Les progressions sur le littoral sont particulièrement longues. Non pas pour la difficulté du terrain (falaises, criques et plages), mais pour le spectacle qui s’offre à nos yeux…

Colonie de manchots royaux

Colonie de manchots royaux

Pour remonter vers le nord de l’île, il faut passer « la grande manchotière » de la baie du marin. Deuxième colonie de manchots royaux, après celle du jardin japonais au nord-ouest avec ses 30000 couples. Devant cette scène bruyante, cette foule puante de vie, les yeux s’écarquillent. La vie nous saisit.

Nourrissage de poussin manchot royal

Nourrissage

Quand on est manchot, on revient sur la plage qui nous a vu naître, on vient muer pour refaire son nouveau plumage annuel de torpille vivante, on vient retrouver ses anciens partenaires (s’ils n’arrivent pas trop tard), on parade, on couve ou on nourrit son poussin. Tout cela dans une cacophonie où chacun veut se faire entendre par son petit ou sa moitié. Un peu comme dans une soirée cocktail, c’est d’ailleurs le terme scientifique….

Crèche de poussins manchots royaux

Crèche de poussins manchots royaux

Au début, l’oiseau se méfie du grand bipède que nous sommes. Puis avec un comportement placide, ces êtres rongés par la curiosité, viennent nous entourer. Bien souvent, je me suis fait tâter du bout du bec par ces manchots. Ils faisaient même la queue pour venir voir l’attraction de la plage.

éléphant de mer bouche ouverte

Voilà ce que ça donne bouche ouverte

Ces bouts de littoral sont convoités par bien d’autres animaux. Les éléphants de mer du sud (Mirounga leonina) viennent aussi pour muer ou se reproduire fin septembre, ou tout simplement se reposer. Il y a toujours au moins un gros père sur ta traversée de plage. Deux options d’accueil, une bouche béante pour te montrer quelques chicots en signe de menace (il n’y en a pas beaucoup, mais quand même…), ou rien, avec à la rigueur un gros œil entrouvert pour s’assurer que nous ne faisons que passer. Les petits viennent volontiers voir de plus prêt. Ils jouent dans les cours d’eau, parodient les batailles des grands, ou forment des tas aux joyeuses expirations qui ressemblent à de bruyantes flatulences. D’ailleurs, les nuits sur la plage seront rythmées par cette douce respiration « borborygmienne » …

Tas d'éléphants de mer devant une manchotière

Tas d’éléphants de mer

En longeant les côtes, on peut faire une autre rencontre fabuleuse. Cette autre habitante de l’océan vient pour se nourrir, profiter de la manne que représentent ses milliers de manchots et phocidés (comme les petits éléphants inexpérimentés qui risquent de se faire croquer, appelés ici bonbons !). Ce qui fait de Crozet un fameux spot mondial pour les… orques (Orcinus orca).

Des manchots sur un îlot entouré par un orque

Îlot garde-manger pour l’orque…

Tiens je vais te raconter ma première rencontre et un passage type sur une de ces plages débordantes de vie :

Nageoir dorsale d'orqueAprès avoir passé le dernier vallon en direction de la baie américaine (nommé ainsi par les Français après la présence de phoquiers américains), je découvris la vallée des Branloires baignée par endroits par un soleil épars. Puis, sur la plage, la petite manchotière au nom assez inapproprié. Je distinguais déjà les énormes pachas de quelques tonnes qui roupillaient sur les galets. La manchotière est énorme, assourdissante de vie. Au large, un aileron haut comme un homme perce la surface de l’eau miroitante. Aussitôt, je dévale la pente pour me précipiter à la « piscine », coin de berge à l’eau transparente où les orques fidèles au rendez-vous, jouent et se frottent aux laminaires. Je suis à moins de 4 mètres d’eux. Ils m’observent, passent de plus en plus près, sur le côté pour mieux m’apprécier. Je ne sais plus trop si je rêve. Et ça ne finit pas. Mon collègue me force à décoller, nous devons escalader la falaise qui débouche dans une gorfoutière de sauteurs (Eudyptes chrysocome).

Gorfous sauteurs

Gorfous sauteurs

Ils sont peu farouches et se soucient à peine de notre présence. Les couples se cantonnent, certains copulent ou volent des débris végétaux pour leurs nids à leurs voisins… Il faut ensuite retourner à la manchotière (manchots royaux) pour des photos de suivi que je dois faire. En chemin, je m’arrête dans une crique où dorment une quarantaine de bébés éléphants de mer. Certains s’étonnent, les autres continuent la sieste.

Le manchot papou

Le manchot papou

Au milieu, un papou (Pygoscelis papua), le plus timide des manchots. Mais celui-là ne fuit pas. Il m’observe. Après un long moment d’examen et de jugement, il décide de venir étudier de plus près le drôle d’animal que je suis. Extraordinaire. Puis satisfait, après m’avoir goûté et examiné, il s’en retourne à sa parcelle de galets, à une dizaine de mètres de moi. Nous nous remettons en route. Sur le chemin, deux skuas se posent près de nous et surveillent notre intrusion. Un gang de pétrels géant s’inquiète puis se rassure de notre passage discret. Nous descendons dans la manchotière et les décharges d’émotions ne s’arrêtent plus… Mais où suis-je?…

Et puis, d’autres protagonistes manquent à l’appel : les otaries à fourrure (Arctocephalus spp.). Elles sont bien plus drôles dans l’eau que sur terre. Étant plus dans leur élément, elles venaient vers moi dans l’eau alors que sur terre elles préfèrent marquer leur territoire grâce à leurs dents… Elles sont plus dures à approcher que les éléphants de mer. Un gros mâle aux dents acérées est toujours en train de veiller…

Bébé et maman otarie à fourrure nez ànez

Bébé et maman otarie à fourrure

Crozet, environnement unique. Je fais parti des chanceux qui ont pu observer ces animaux marins de près et partager leurs secrets le temps de quelques mois. Souvenirs inoubliables… que je garde bien au chaud pour les jours où, vie oblige, je suis éloigné de la faune…

Plus de photos ici.


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