Golem grad: l’île aux reptiles

Destination nature et reptiles

Lac prespa et Golem grad sur une carteGolem Grad, une île au cœur de la Macédoine, surnommée l’île aux reptiles. Située sur le lac Prespa (850m d’altitude), dans le parc national Galichica, non loin des  frontières albanaise et grecque, cette petite île (18ha) n’a désormais plus âme humaine qui vive (l’île fut habitée auparavant et des ruines d’églises sont toujours présentes sur l’île). En revanche, elle abrite d’autres habitants: des oiseaux (colonie de cormorans, un hibou grand-duc), invertébrés (dont quelques scorpions), mais surtout une très forte densité de reptiles. Ceci en fait un écosystème unique. Cette abondance est en partie expliquée par l’absence de l’Homme et d’animaux invasifs et destructeurs, tels que les chats, chiens, rats, etc. C’est une aire protégée depuis 1988. La pêche et la chasse y sont interdites, et le tourisme est contrôlé. Malheureusement, le manque de surveillance par les autorités et sa situation géographique au carrefour de 3 pays la rend désormais vulnérable…

Une falaise à Golem gradCe bout de terre présente un plateau dominé par une forêt, délimité par des falaises et d’étroits rivages. C’est un excellent terrain de jeux pour nos amis reptiles: rochers, buissons, clairières, eau à proximité. Bienvenue dans un paradis herpétologique.

Clairière sur le plateau de golem grad

Clairière sur le plateau de l’île

J’ai eu l’occasion d’y séjourner une dizaine de jours en participant à des études scientifiques herpétologiques menées par le CNRS et des équipes universitaires macédoniennes-serbes, qui investissent les lieux 2 à 3 fois par an pendant quelques jours. Elles portaient sur trois espèces de reptiles présentes en abondance: la couleuvre tessellée, la vipère ammodyte et la tortue d’Hermann. Les questions sont nombreuses et des suivis de ces populations sont réalisés depuis 2007.

Une partie de l'équipe scientifique et deux journalistes scientifiques qui nous ont accompagnés pour ce séjour à Golem grad

Une partie de l’équipe scientifique et deux journalistes scientifiques qui nous ont accompagnés pour ce séjour à Golem grad

Tortue d’Hermann (Testudo hermanni)

Tortue d'hermann (Testudo hermanni)

Tortue d’hermann

Tortue terrestre herbivore vivant en Europe, en région méditerranéenne (dont le sud de la France) et active entre mars et octobre.

Distribution géographique de la tortue d’Hermann

Distribution géographique de la tortue d’Hermann

Toutes les tortues de l’île sont marquées afin d’estimer leur population (quelques centaines) et de suivre leurs déplacements sur l‘île. Le marquage est basé sur un code en limant certaines écailles au bord de la carapace. Les anomalies (écailles particulières, nombre différent de la normale, blessure, etc.) sont également répertoriées pour une identification plus aisée.

5 tortues d'hermann

Tortues d’Hermann en cours de recapture pour le suivi de population (grâce au marquage-capture-recapture)

Il suffit de se balader quelques minutes sur l‘île pour voir une tortue brouter l’herbe, ou cachée dans un buisson ou sous un rocher. Elles sont régulièrement aperçues en couple, hétérosexuel, mais également homosexuel. En effet, sur ce petit territoire un certain nombre de couples mâles ont été observés tentant de s’accoupler. Une hypothèse expliquant cela est basée sur le syndrome du prisonnier : les femelles (plus grosses et moins mobiles que les mâles) seraient principalement concentrées sur les rives de l’île et auraient du mal à regagner le plateau. Des mâles sur le plateau n’ayant alors pas accès à des femelles tentent de s’accoupler avec d’autres mâles.

Deux tortues d'hermann mâles essayant de s'accoupler

Deux mâles essayant de s’accoupler

Pour l’anecdote, je devais surveiller les 5 tortues en photos plus haut quelques minutes, mais un besoin urgent s’est fait sentir… Je reviens deux minutes plus tard et les tortues avaient déguerpi, et trois d’entre elles étaient assez loin, se cachant dans les buissons et une déjà en train de s’enterrer. Conclusion: ne pas se fier aux apparences, une tortue n’est pas si lente que ça!

Couleuvre tessellée (Natrix tessellata)

Couleuvre tessellée (Natrix tessellata)

Couleuvre tessellée

Couleuvre tessellée trouvée avec un poisson

Couleuvre tessellée trouvée avec un poisson

Espèce de couleuvre amphibie qui passe une grande partie de son temps dans l’eau, pour chasser et se nourrir, et revient à terre pour se réchauffer (thermorégulation), digérer, s’accoupler, pondre et muer. Elle se nourrit de poisson et d’amphibiens, bien qu’à Golem grad seul le poisson semble l’intéresser (très friande du genre Alburnus). Elle est présente de l’Italie à la Chine.

Distribution géographique de la couleuvre tessellée

Distribution géographique de la couleuvre tessellée

Leur saison d’activité est d’avril à septembre. Elles se reproduisent au printemps, pondent en juillet (espèce ovipare) et l’éclosion à lieu en début d’automne.

C’est un serpent inoffensif, car non venimeux, et lors des captures effectuées pour le suivi de populations il ne cherche pas à se défendre en mordant. Les seuls risques en manipulant sont pour les habits et les narines sensibles… car elle lâche un jet de merde (comme la couleuvre à collier). Mmmmh =). Les individus sont marqués grâce à un code sur leurs écailles ventrales brûlées en surface (pas question d’entailler profondément l’animal ! Certains disent qu’ils ne sentent rien, mouais… même si c’est certainement très bref et peu prononcé, ce n’est probablement pas indolore.).

Plusieurs couleuvres dans un buisson

Plusieurs couleuvres dans un buisson

Sur l’île, la population est estimée à plusieurs milliers (~10 000). C’est une des densités de population permanente (différent des groupes de serpents qui se forment à un moment donné pour hiberner ou s’accoupler, tels que les serpents jarretières au Canada) parmi les plus hautes connues (~500 par hectares, ce qui représente ~2 tonnes de couleuvre sur l’île ! Qui a dit qu’elle n’était plus habitée?!). Lorsque l’on marche sur les rives, elles sont souvent en train de se faire chauffer au soleil en groupe, en « tapis » sur les galets ou dans les branches en haut d’un buisson. À chaque pas nous pouvons entendre leur fuite dans les broussailles (il faut donc être rapide pour la capture). Cette forte densité en fait une espèce à position clé pour cet écosystème insulaire, puisque non seulement elle exerce une forte pression de prédation sur la communauté de poissons, mais elle représente également une grosse source de proie pour ses prédateurs (loutre, hibou grand-duc, vipère ammodyte, etc.).

Malheureusement, depuis quelques années, il semblerait que la population décline… Cela serait dû aux filets illégaux et trop nombreux de pêcheurs. Ces serpents se noieraient et restant coincés dans ces pièges, lorsqu’ils plongent pour chasser. Lors d’un contrôle, 10 à 30 serpents ont été retrouvés dans chacun des filets, avec au total une cinquantaine de filets pour une nuit….

Couleuvre tessellée en train de nager

Trois morphes (apparences) sont présents chez les deux sexes: des couleuvres mélaniques (noires), grises et tessellées (grises à points noirs; les plus abondantes). Une des questions restant à élucider est de savoir pourquoi ces variations de couleurs sont apparues? Quel est leur utilité? En effet, une différence d’apparence (appelée plasticité phénotypique) confère généralement un avantage. Quels sont-ils? De plus, dans la plupart des autres populations, seul un morphe est présent.

Vipère ammodyte (Vipera ammodytes)

Vipère ammodyte (Vipera ammodytes)

Vipère ammodyte

C’est celui des trois reptiles le moins abondant sur l‘île, pourtant tous les jours quelques spécimens sont croisés au détour d’un rocher. Cette vipère possède un zigzag « dessiné » sur le dos et une « corne » (faite d’écailles) caractéristique au bout du museau. Il n’est pas possible de la confondre avec une autre espèce, car c’est la seule avec la corne dans son aire de répartition (balkans principalement).

Distribution géographique de la vipère ammodyte

Distribution géographique de la vipère ammodyte

Elle est plutôt trapue et est habituellement reconnue pour être une grosse vipère. Cependant, à Golem grad, elle est plutôt petite. Elle se nourrit de lézards, oisillons, et parfois d’autres serpents (comme de jeunes couleuvres tessellées). Elle est venimeuse donc pas de manipulations douteuses, car même si ce n’est pas le serpent le plus venimeux au monde et qu’un anti-venin existe, cela pourrait être très douloureux (surtout s’il faut plusieurs heures de voyages pour regagner un hôpital, comme c’est le cas à Golem grad). Elles sont marquées de la même manière que les couleuvres.

vipère ammodyte

Sa période d’activité, comme les autres reptiles, s’étend d’avril à septembre dans cet écosystème. Les accouplements s’effectuent en avril-mai et les naissances en août-septembre (serpent ovovivipare: des œufs sont formés, mais pas pondus, ils éclosent directement dans le ventre de la mère. Les petits sortent dans une poche transparente qu’ils s’empressent de percer pour s’oxygéner et partir à la conquête du monde (enfin d’un petit bout…)).

vipère ammodyte

Visiter Golem grad

L'arrivée par barque à Golem grad

L’arrivée par barque à Golem grad

L’accès à Golem grad est assez long. Il faut rejoindre le village de pêcheur Konsjko, au bord du lac Prespa, par une petite route non goudronnée. Puis d’ici, prendre une barque pour accéder à l‘île (environ 1h de trajet). Pour pénétrer sur l’île, il faut la permission du parc national Galichica. Je n’ai pas eu à m’occuper de l’organisation du voyage puisque je partais avec une équipe habituée, je ne sais donc pas comment se passe la demande de permis. Il y a des tours organisés qui s’occupent de tout (sur internet j’ai trouvé Ohrid tours par exemple). Attention à la météo, car les barques ne sortiront pas si la moindre vaguelette se pointe à l’horizon!

Vue sur les montagnes albanaises depuis Golem grad

Vue sur les montagnes albanaises depuis Golem grad

Rive et falaise de Golem grad

Rive et falaise de Golem grad

Vol d'un pélican sur le lac Prespa

Vol d’un pélican sur le lac Prespa

Pour un aperçu de l’ambiance, voici un documentaire (Golem grad: l’île aux reptile, le film) du CNRS sur cet eldorado herpétologique!
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